De croiser Tai-Luc, jeune Géronimo en 79, a assurément changé de manière définitive, le sens de la vie des toutes premières recrues
du “Détachement Féminin Rouge” à l'origine de(s) Clandestines.

Musicomancie par Tai-Luc

Pourquoi des reprises de Johnny Horton, Al Dexter et Hank Williams?

Ceux qui pratiquent partout sur cette planète, le punk-rock depuis 77 n’ont rien inventé.
Ce sont les musiciens du Sud des Etats-Unis des années 30-50 qui ont préparé le terrain des turbulences culturelles avec de la chanson où le port d’arme pour les filles de cabarets n’est pas prohibé, de la romance où le troubadour jure fidélité à son hôtesse de bar préférée, du gospel où le galérien peut entrevoir la lumière, de la complainte où le cow-boy urbain à la dérive se programme un avenir incertain, au final, un mix de morceaux bien cadencés et de  balades incroyablement tristes.

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Le petit-fils du célèbre chanteur cité plus haut, ne parle-t-il pas à juste titre non pas de Nashville mais de «Trashville», Tennessee ? Pharmaco-dépendance, enivrement et carambolages aux conséquences fatales étaient déjà le lot du «honky punk men» du Texas à l’Alabama à cette époque-là.

Putain De Zone, Yasmina, Tendance Négative (81), Banlieue Rouge, Une Cause À Rallier (82), Aucun Regret  (83), Kamikaze Rock And Roll (86),Paris-Montréal Boogie, Le Grand Voyage (88) et Cousins Cousines du Vietnam de LSD sont directement issus de ce creuset “oi-ky tonk”.  Pogobilly rules o.k. !

Pistol Packin’ Mama : Je connais ce morceau depuis 1973. Ce n'est pas dans un cabaret que j'ai appris cette chanson mais près du Phare, rue des Lombards, y'avait de la zique à fond ! Le patron de la boutique Open Bazar avait des lunettes noires, Il m'a dit "Petit, achète ce disque, écoute-le tous les soirs ! ” (Paroles françaises : TL). 1978, il y aura toujours des juvéniles délinquantes en probation. Celle à laquelle je pense était majeure depuis longtemps. openmarketRencontrée un samedi soir au Golf-Drouot, trois ans après la chute de Saigon, elle ressemblait pas mal à la « Mama » pétroleuse de la rengaine de Dexter, à une différence près, c’est que dans le métro de Voltaire à République, elle était assez rusée pour ne rien avoir sur elle et faire porter tout son paquetage de guerre urbaine par son fiancé intérimaire. Mercredi 22 août 1995, très exactement, on est en plein casting du clip Vénales Fiançailles. Les demoiselles choisies ce jour-là sont Isis et Latsalin, elles vont constituer le cartel des Vénales du cabaret Macao avec Cat Diêm et Isabelle K. déjà sélectionnées précédemment. Plus tard dans la soirée, c’est l’heure de la répétition de LSD au studio New-York. « Profitant d'une ambiance très relâchée, je démarre l'intro de Folsom Prison Blues et Alain des Vierges prend alors le chant en main. Vers minuit, petite version chaotique de Pistol Packing Mama très sympathique », c’est-ce que j’écris dans la revue Ogoun en 1996. L’enregistrement du morceau commence partiellement fin juin 2000 lors d’une surboum aquatique dans l’enceinte de la Banque Indomachin à Phnom Penh, Cambodge.

I saw the light : O-pé-ra Night. Tous les manif-boys et leurs princesses fugueuses qui dans la soirée du 7 janvier 1981, ont envahi ce cinéma-boîte de nuit de la rue Gramont, , ont pu entendre LSD balancer une version nerveuse du Folsom Prison de Johnny Cash. Il y avait de la préméditation dans l’air. Hommage cette fois-ci à Hank Hiriam Williams et tous ceux de l’I.R.F.C. qui sont morts avant d’avoir trente ans.  

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Take me like I am : La première fois que j’ai écouté Johnny Horton, c’était il y a longtemps sur un teppaz car mon père avait dans sa collection Electrified Donkey  en 45 tours. Plus tard en 85, côté thaïlandais du Mékong, à Mukdahan ou Nakhon Phanom, j’ai récupéré dans une boutique chinoise, un 33 tours avec plein de bons titres où il est question de « faire couler le Bismarck, la terreur de la mer » et où J.H. chante « je n’savais pas qu’ma chérie m’aimait trop-oh-oh-oh …. ». J’en déduisis que les Siamois du Nord-Est avaient décidemment bon goût, pas seulement eux d’ailleurs, les Japonais aussi, je le constatai à Tokyo en 1993, Sagisu Shiro et ses amis producteurs du cd Ganeko Yoriko meets LSD in Paris, après avoir abusé de saké pas frelaté dans ce karaoke de Roppongi, ils m’apparurent sous leur véritable jour, celui de fans inconditionnels du Johnny déjà nommé… Partiellement enregistré à Siem Reap, Cambodge en 2000.

 

I don’t care if tomorow never comes  : Peu m'importe si demain il n'y a plus rien, la Terre peut bien exploser, je suis tout seul, jour et nuit depuis que tu m'as quitté. Ah peu m'importe si/ demain il n'y a plus rien. Si demain il n'y a plus rien, même pas d'soleil dans le ciel. pour moi, ça s'ra pareil, depuis que tu es partie au milieu de la nuit, depuis qu'tu es sortie su royaume de ma vie, ah peu m'importe si demain il n'y a plus rien. Oui je marche en solitaire dans/la poussière du passé. Ah peu m'importe si demain il n'y a plus rien …(Paroles françaises : TL)

Pourquoi un traditionnel birman ?

 tttbl_birmanLa suite logique de l’opéra lysergique Khun Sa Blues (88),  Khun Sa Lamvong (89), Rangoon Lhasa (91), Soldat du Kuomintang  et Tambour et Soleil de Kawthoolei (95). Thoo thuu thing bee laa : Les évènements de 1988 ont toujours tendance à se répéter, « À Rangoon, à Lhassa, c’est la zone des tempêtes … ». Dédié aux amis de ces contrées, privés de liberté. 

Pourquoi deux instrumentaux ?

Histoire d’alterner avec Sortie De Garage (81), La Varsovienne (82), Caravan (88), Amok Sérénade (89) et Granadaamok (97).            

Walk don’t run est au départ un morceau cool jazz datant de 1955, composé par l’Américain Johnny Smith mais la version que j’ai en tête est très britannique, c’est celle des Wild Angels (1972). Comme Hiêu le boyfriend de ma cousine Thanh devait très certainement jouer cet instrumental avec son orchestre là-bas à Saigon, avant la chute, alors je me suis dit qu’il était temps que j’enregistre moi aussi ma version. Un conseil aux disc-jockeys : enchainez la face A du premier 45 tours de LSD à ce morceau, c’est fait pour.  

La Bohème : Le thème est célèbre de Montmartre à Erevan mais pour moi, il est associé à d’autres endroits. Je me revois ainsi à Moscou au début de 83, squattant avec Eva S. les sofas de l’hôtel Intourist et j’entends encore la réceptionniste russe particulièrement agacée, nous dire en français, « vous dormez comme des romanichels  ! ». Je me revois  trois ans plus tard au Cirque d’Hiver, avec quatre camarades lysergiques en train de jouer cette rengaine arménisante devant une foule d’Iroquoises en train de faire des vagues lors d’un concert de soutien à “Rock À l’Usine”. Peu après, sur le disque Eddy Jones, dans la chanson Dernière chance, je proclamai : « ils aiment la Bohème et la musique de dingues, le rythme du bop, ça fait danser les singes… ». Je récidive aujourd’hui. Partiellement enregistré entre Belleville et Pigalle en 1980 et à Kunming en 1988.

 

Pourquoi des reprises de chansons françaises ? letempsdescerises

 La chanson française depuis le début des années 60 ? La “variété” invariable ? Pas grand chose à en dire. Heureusement, il y a celle qui va de la fin du XIXe et perdure jusqu’au début des années 50, Des airs intemporels pas entachés par la niaiserie de l’Industrie. Julie la Rousse : Je n’ai pas vu le film qui date de 59, avec la très sexy Pascale Petit dans le rôle de Julie. Je connais juste la chanson. Elle traîne dans ma tête depuis quelques décennies. Dédié à MA Julie.   Le temps des cerises : Le décor seyant à cette chanson a toujours été pour moi par « l’immeuble du métro », la rue Paul Bert, Saint-Ouen, et plus globalement la banlieue qui va avec. Son personnage principal, c’est celui du  f.t.p. alias « Martin » qui aimait rendre hommage à Jean-Baptiste lafille Clément, lors des fêtes de quartier organisées par la municipalité. Grâce à la magie de la technologie, c’est son arrière descendance qui fait les chœurs avec lui, un demi-siècle plus tard. Partiellement enregistré à Paris dans les années …cinquante !   La fille de Londres : Marie-Dominique enregistré avec LSD en 2005 donnait déjà  un avant-goût de mes préférences littéraires et  chansonnières Cette fois-ci, il s’agit d’un autre hit de Pierre Mac Orlan, toujours “sans accordéon”. Ébauchée dans son roman Sous la lumière froide (1926), cette rengaine qui parle de « rat », de « souricière » et de « Chinois » ne pouvait me laisser indifférent.  

Pourquoi des reprises du  «Souterrain de Velours»?

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Inutile de réécrire l’histoire de ce groupe. Une simple relecture des articles parus dans la presse musicale de l’automne 73 suffira. Deux bonnes raisons de payer notre tribut sonique à un New Yorkais et un Gallois hors du commun : 1. Lou Reed est le parrain du punk-rock, ses chansons ont été enregistrées par de nombreux groupes de cette catégorie : Slaugther And The Dogs, Eater, The Wasps, The UK Subs, Blitz, Decibelios, Les Teckels … et LSD évidemment. Réécouter à cette occasion, There She Goes Again  (1984) chanté avec le camarade Sylvain Chiang Hmai. 2. John Cale a joué certes de la basse sur le My generation de Patti Smith mais il est surtout LE producteur du punk-rock. C’est lui qui a réalisé le premier album des Stooges et le premier 45 tours de … Sham 69 ! 

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Pale Blue Eyes : Les yeux, dans cette chanson de Lou Reed, ont peut-être la même couleur que ceux d’une demoiselle lycéenne de Saint-Nom La Bretèche, montée au Mail de Vélizy, un mercredi après-midi, un an avant la chute de Saigon.

Run run run :  Un boogie qui commence par « Teenage » est forcément accrocheur, surtout quand on l’écoute pour la première fois à l’âge de quinze ans. Quant au reste de ce blues parlé accéléré, il est assez surréaliste pour que même une voisine artiste du Bowery ait du mal à donner une explication lumineuse à un texte aussi codé. Pendant longtemps, je n’ai retenu que les prénoms, notamment ceux de Mary, Margarita et Sarah. Great big kiss à celles qui dans la vrai vie, s’appellent aussi comme ça.

Sunday Morning : Il y a eu de 1981 à 2005, au moins trois chansons de LSD où il est question de « Samedi soir … », la dernière se passe sur les bords du Mékong. Partiellement enregistrée à Vientiane en septembre 91, cette version du Dimanche matin  de Lou Reed et John Cale que je propose ici n’est donc pas illogique. L’orgue à bouche sonne comme un violon et le fantôme de Charles le Serpent marche sur l’avenue Saam Sène Thai.

Femme fatale : Il y avait en classe de seconde une demoiselle qui ressemblait trop à Christa “Nico” Päffgen. Difficile donc d’oublier toutes les choses qu’elle faisait pour plaire, en particulier, faire cadeau de sa main sous forme de … dessin. Perfect day : Il n’y a pas de jour parfait mais cette chanson plait aux Clandestines « qu’elles soient de banlieue ou d’ailleurs ». Partiellement enregistré à Tokyo en 1993.


Pourquoi  “Tu Voulais” ?

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« Tu voulais que ton petit-fils soit un garçon honnête, comme Youri Gagarine le cosmonaute soviet.
Tu voulais qu'il aille sur la lune ou sur une autre planète mais lui, il n'avait pas... les mêmes idées en tête.
Tu voulais que ton petit-fils aient des lectures correctes, pas d'illustrés capitalistes mais seulement Vaillant Pif-Gadget.
Tu lui parlais de Vladimir, de Maurice et Joseph, mais jamais des autres c'étaient des « social-traîtres ».  
Tu voulais que ton petit-fils visite l'U.R.S.S. et même qu'il aille en Chine car le soleil brille à l'Est.
Alors tous les ans au mois de septembre, tu l'emmenais à la Fête.
En attendant le Grand Soir, fallait bien une kermesse.
Tu disais des Russes à Prague et Budapest, faudrait qu'ils fassent la police jusqu'à la Gare de l'Est.
C'est vrai que tu es mort avant la guerre chez les Afghans, mais tu aurais dit comme Georges : «  c'est une révolte de chouans ».
Tu disais qu'c'est pas Dieu qui a fait les cathédrales mais c'est les ouvriers, esclaves de la curaille.
De tout ce que tu croyais Grand-Père, il ne reste plus grand-chose à part le Sens de l'Histoire dans les poubelles des Kolkhozes ».
(Paroles et musique © Tai-Luc)