De croiser Tai-Luc, jeune Géronimo en 79, a assurément changé de manière définitive, le sens de la vie des toutes premières recrues
du “Détachement Féminin Rouge” à l'origine de(s) Clandestines.

Jukebox, par Stephane Burgatt

Stephane Burgatt   a interviewé Tai-Luc par téléphone le 7 février 2008. Il a retranscrit l'entretien et l'a publié sur Zicazine .
Nous le reproduisons ici avec l'aimable autorisation de l'auteur.

«LA DISCIPLINE QUE JE ME SUIS IMPOSÉ ÉTAIT REDOUTABLE»

La Souris Déglinguée, chantre du punk rock français depuis 1979 et survivant de la vague alternative des années 80 voit Tai-LLuc, son frontman, s’essayer, la cinquantaine sonnante, à une carrière solo. Pourtant, surprise, son premier effort solo, Jukebox est un album de reprises où l’on retrouve entre autres le Velvet Underground, du traditionnel birman et de la chanson française sauce Tai-Luc.
Le groupe fera également son retour sur scène à Marseille le 15 mai pour un concert privé et le 16 à l’espace Julien (billets disponibles aux points de vente habituels).


SB :  Après une carrière bien remplie, tu te mets en danger. Non seulement tu reprends les chansons des autres, mais tu pars seul sous le feu des projecteurs.

TL : La discipline que je me suis imposée pour cet album était redoutable car je fais tout dessus : je suis seul avec ma guitare. Je voulais une formule simple. Il n’y a pas de basse ni de batterie mais du bricolage : la grosse caisse correspond au battement de mon pied sur le sol, le charleston au « zip » d’un briquet et les cymbales sont celles que mon père utilise pour le nouvel an Chinois – Vietnamien.
Le travail sur les sonorités ne s’est pas arrêté là car je me suis servi d’un sac de billes appartenant à ma fille, d’une caisse à outils qui produisait un bruit intéressant quand je la faisais tomber etc. J’ai également utilisé des atouts rythmiques (tambourin) qui n’appartiennent généralement pas à l’univers du rock n’ roll mais plus à celui du folk.

SB : De quelle manière as-tu abordé ton album solo pour qu’il n’en ressorte pas qu’un simple « plaisir personnel » qui n’amuserait finalement que toi ?

TL : C’est une question que l’on pourrait poser en général pour tous les albums que l’on à fait avec La Souris Déglinguée : avons-nous créé pour être universels ? Du point de vue des résultats commerciaux, je pense que non. Est-ce que celui là l’est d’avantage ? Personnellement je le pense car la plupart des morceaux sont très connus contrairement aux morceaux de LSD qui n’ont pas été formatés pour le plus grand nombre. Les artistes que je reprend dans « juke-box » ont attend un degré de reconnaissance publique bien supérieur au nôtre.

SB : Ma question était motivée par la recrudescence, ces dernières années, d’albums de reprises à  la sincérité forcée.

TL : Moi je n’ai rien contre des gens qui ont sorti ce genre d’albums comme Patrick Bruel qui ont leur univers, leur entourage et leurs demoiselles en pamoison. Personnellement, à contrario, je n’ai pas besoin d’aller acheter 300 cd à la FNAC pour écouter les vieilles chansons françaises…les vinyles je les ai déjà à la maison !
Le temps des cerises et Julie la rousse  (titres repris dans l’album solo de Tai-Luc, NDR.) sont dans ma collection depuis très longtemps. C’est ce qui différencie le traitement de la chanson française par les uns et par les autres… Moi on ne va pas me dire de reprendre tel artiste ou de sortir un disque de blues. On me demande juste si les punks qui viennent à mes concerts connaissent le Velvet Underground. Là-dessus ma réponse est simple : si ils ne connaissent pas avant, tant mieux, ils connaîtront après !

SB : La tracklist est vraiment hétéroclite : on retrouve autant du folk rock américain que de la chanson française et du traditionnel birman !

TL : Ca peut paraître insolite. Un journaliste a d’ailleurs mis ça sur le compte d’une erreur de vieillesse ! Tout ceci n’est qu’une question de génération. Le Velvet Underground c’est Lou Reed mais c’est aussi John Cale qui, après en avoir fini avec le groupe, a produit le premier disque des Stooges, le groupe d’Iggy Pop, Patti Smith ou encore Child 69. Toutes ces musiques, aussi dément que cela puisse paraître, ont un lien entre elles. Il suffit juste de le savoir. C’est pour ça que je conseille toujours aux gens de lire les pochettes des cd pour apprendre à faire les rapprochements. On y gagne beaucoup.

SB : Tu vas présenter l’album sur scène ?

TL : Je n’avais pas fait cet album dans cette optique : je ne voulais pas faire l’homme orchestre sur scène. Je vais par contre reprendre la route avec La Souris Déglinguée.  Le groupe fera deux concerts sur Marseille entre le 15 et le 16 mai 2008. Ca se jouera sur deux salles : un concert privé dans un endroit totalement insolite pour l’organisation de concerts et l’autre à l’Espace Julien. Pour rappel, nous ne sommes pas revenus jouer depuis 2001 !